Laza, « La première fois à Cannes, j’ai dormi à la gare »

mai 26, 2012 Pas de commentaires »
Laza, « La première fois à Cannes, j’ai dormi à la gare »

Laza est réalisateur, producteur, et directeur des Rencontres de Film Court (RFC) à Madagascar. J’ai eu l’occasion de le rencontrer à Cannes. Il est ici en tant que producteur du film en développement, Le Chant des Tlous de Luck Razanajaona. Mais il profite également du séjour pour mettre en avant d’autres projets qu’il a mis en place depuis presque 8 ans.

Laza a fait des études en cinématographie à l’ESEC, puis à la FEMIS, à Paris. En 2006, il est rentré au pays et découvre que le monde du cinéma malgache est vide. C’est avec une grande passion pour le cinéma qu’il voulait pourtant lancer un festival de film à Madagascar.

« Je me souviens encore de la rencontre avec la directrice du CCAC – Centre Culturel Albert Camus à l’époque [IFM - Institut Français de Madagascar actuellement] quand je lui ai présenté mon projet. Je lui ai dit que je voulais faire un festival de court-métrage et voulais savoir s’ils voulaient s’associer au projet. Elle a un peu rigolé en disant comment je voulais faire un festival dans un pays où il n’y a pas de réalisateurs. Ce n’était pas complètement faux. Mais têtu comme je suis, j’ai réussi à la convaincre de m’accompagner sur ce projet. »

Le pari est réussi. A la première édition des RFC, 35 films ont concouru. « On a fait du chemin depuis. Maintenant on reçoit une cinquantaine de films par an. On a des films à Cannes, des projets de film… Les réalisateurs voyagent un peu partout avec leurs films. »

Mais les challenges restent énormes.

« Comme le cinéma n’est pas encore très développé à Madagascar, on peut tout faire. En même temps, c’est compliqué parce qu’on ne peut pas tout faire tout seul. Il faut de vrais producteurs, de vrais réalisateurs… Et je pense que les Rencontres du Film court est une plateforme qui fait déjà ce qu’il peut. Maintenant on est devenu l’un des festivals les plus importants de l’Océan Indien. Le cinéma malgache commence à être vu sérieusement dans le monde. Et c’est une fierté. Mais tout n’est pas encore fait. Il faut que tout le monde prenne ses responsabilités. Ce qui n’est pas encore le cas. »

Il est cependant très confiant quant à l’avenir du cinéma malgache grâce à la nouvelle génération qui arrive en force. Laza a parlé d’un vide sidéral du cinéma malgache pendant 25 ans. « Seul Raymond Rajaonarivelo essayait de porter le flambeau. Maintenant, la nouvelle génération est là. On veut faire du cinéma et intelligemment. Et j’ai l’impression qu’on va dans le bon sens. » Laza est certain que d’ici 2 ou 3 ans, on entendra parler des réalisations de la Grande Île

Revenons un peu au Festival de Cannes. En 2010, Laza a été invité par les Cinémas du Monde pour  présenter les Rencontres du Film Court de Madagascar. Son court-métrage « 6h58″ a également été projeté au Short Film Corner.  « C’était intéressant dans le sens où j’ai rencontré des gens qui ont amené à tout ce qui se passe maintenant. » Et il se souvient de sa première fois à Cannes, lorsqu’il n’était encore qu’un étudiant. Toujours par amour pour le cinéma, il venait à Cannes avec ses copains. N’ayant pas assez d’argent pour se loger dans un hôtel, ils dormaient sur le quai de la gare où il y avait au moins un chauffage, dit-il. « Il fallait être là où ça se passe. Et c’est ici que ça se passe. » À d’autres moments, il lui arrivait de dormir sur le canapé d’un copain. C’est la cinquième fois maintenant qu’il vient à Cannes. Le problème de logement est loin derrière. « Maintenant, je peux enfin dormir dans un hôtel.« 

Laza profite de cette occasion pour laisser un petit message à la nouvelle génération de réalisateurs malgaches. « On n’a pas encore réussi. On est en train de faire les choses. Ce n’est pas le moment de faire la grosse tête. Ce n’est pas parce que tu es à Cannes que tu as réussi ta vie. Au contraire, ça complique la vie encore plus parce qu’on a plus de pression. Maintenant il faut faire de bonnes choses pour assurer. Faisons des films humblement. »

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